Critique d’une œuvre exposée à la Biennale de Dakar (Dak’Art 2014)

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UCAD – UNIVERSITÉ  CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

INSTITUT SUPÉRIEUR DES ARTS ET CULTURES

Histoire de l’art et diversité des conceptions de l’art

Titre : « GRANDS CRUS LE RETOUR »

REGARDS SUR L’INSTALLATION DE L’ARTISTE RICHARD-VIKTOR SAINSILY CAYOL

Exposée au Musée Théodore Monod accueillant les œuvres des invités du Dak’Art, l’installation de Richard-Viktor SAINSILY CAYOL dénommée« Grands crus, le retour » revêt une portée symbolique forte et fait partie des œuvres qui intriguent d’entrée de jeu le visiteur, de par son positionnement au sein de la galerie. Située en effet dans un axe privilégié du champ de vision lorsque l’on se trouve à l’entrée de la galerie, sa structure sombre composée d’un socle triangulaire supporte une série de fûts de bois cerclés de métal, entre posés les uns sur les autres à partir d’une base épousant elle-même la forme du socle équilatéral.

La disposition de ces fûts s’élevant sur trois niveaux le deuxième composé de trois fûts et le dernier n’en supportant plus qu’un, donne à l’ensemble de la structure une forme pyramidale laquelle apparait relativement massive face aux œuvres de ses commensaux proches dont les formes et dimensions mais surtout les couleurs bigarrées font contraste – sans pourtant être affadies – par cette installation quasi monochrome aux tons bruns et sombres.

D’apparence massive, ce rendu est renforcé par l’éclairage en pied, de couleur bleu roi disposé autour du socle sombre lequel par effet d’opposition semble occuper une surface plus large dans l’espace en harmonie avec la hauteur de la pyramide. Il suffit pour s’en rendre compte d’appréhender l’installation selon qu’elle est éclairée ou non. Et c’est cette masse qui dirige les pas du visiteur attiré par cette structure pyramidale chère à l’Afrique. Il peut paraitre insultant de renvoyer à l’Egypte et de prétendre expliquer que les pyramides étaient les tombeaux des pharaons.

C’est pourtant bien d’une sépulture virtuelle que traite l’installation de Richard-Viktor Sainsily Cayol. Qu’il s’agisse d’une évocation de la traite négrière, nul ne peut en douter. Aucune place n’est laissée à l’équivoque. Estampillés du nom de la Compagnie des Indes, les fûts en bois de chêne font référence aux liqueurs distillées et transportées à bord des navires, fruit du labeur éreintant d’un continent vidé d’une partie de sa force vitale. L’éclairage bleu roi répliquant avec insistance les contours du socle renvoie au commerce triangulaire. Un esprit tatillon pourrait gloser à l’infini sur le choix du bleu roi ou « bleu royal » en lieu et place du bleu marine plus évocateur de ce commerce maritime.

Certes l’effet de contraste et d’occupation de l’espace sans parler de l’harmonie de l’installation en auraient pâti.

Mais n’y a-t-il pas ici une subtile allusion à l’indicible code noir ? Et de fait l’homme est réifié. Car c’est avec indignation et stupeur que l’on voit apparaître outre la réplique de sculptures et masques africains, également apposés sur les fûts, les noms de différentes ethnies à l’origine desdites œuvres: Mandingue, Pende, Fang et les masques associés à ces dernières pour ne citer que celles-là, Yoruba et ces bronzes familiers issus de la technique de la fonte à la cire perdue…

Croyances, rites, production artistique… sépulture d’une civilisation engloutie ? Intuition d’une perte irrémédiable en tous les cas. Pourtant l’œuvre continue d’intriguer et de susciter le questionnement. « Grands crus ».

Cynisme ou dénonciation ? Constat ironique et désabusé d’une évaluation marchande ? Malaise teinté d’indignation…

Mais il faut aller plus loin et reprendre les propos du créateur : « Le retour ».

Oui, retour sous la forme d’un hommage et de funérailles. Quelles funérailles en effet que celles empruntant la sépulture pyramidale. De fait, selon les Textes des pyramides, cette figure est symboliquement un lieu de passage qui doit permettre à l’âme du défunt de rejoindre l’au-delà. Hommage surtout. Hommage de Richard-Viktor Sainsily Cayol qui témoigne de l’acceptation à part entière de ces ancêtres parties intégrantes dela richesse caribéenne prise dans toute sa diversité.

Quand on sait que le thème de « l’exposition ‘’invités’’ »portait précisément sur la diversité culturelle on ne peut que dire que l’effet est réussi, le rapprochement avec le thème de la biennale ‘’Produire le commun’’ étant ainsi réalisé, l’art ayant pour mission de rapprocher les hommes.

Djena

Étudiante en Art,  Master II  à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de DAKAR – © Septembre 2014

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